Pourquoi les mêmes drames continuent-ils de se répéter ?
C’est avec une profonde tristesse et une vive émotion que j’adresse d’abord mes sentiments de compassion et de solidarité, à toutes les victimes de l’incendie qui s’est déclaré dans la matinée du 19 juin, au grand marché de N’Zérékoré. Incendie qui continue de ravager ce poumon économique de la région. À tous les commerçants, artisans, transporteurs et familles qui ont vu partir en fumée le fruit de plusieurs années d’efforts et de sacrifices, j’exprime mon soutien sincère dans cette épreuve particulièrement douloureuse.
Au-delà des pertes matérielles considérables, c’est une partie de la vie économique et sociale de toute une région qui est aujourd’hui meurtrie. oui, faut le rappeler avec force : N’Zérékoré n’est pas une ville comme les autres. Elle est la plus grande agglomération de la Région Forestière, un carrefour stratégique qui relie plusieurs préfectures et constitue un centre d’échanges incontournable entre les populations de l’intérieur du pays et celles des pays voisins.
Son marché n’est pas seulement un espace de commerce. Il est le cœur battant de l’économie forestière. Chaque jour, des milliers de personnes y convergent pour vendre, acheter, transporter ou transformer des produits agricoles, artisanaux et manufacturés. Son dynamisme contribue significativement à l’activité économique nationale. Voir ce marché partir en fumée est donc bien plus qu’un drame local : c’est une catastrophe qui interpelle toute la nation guinéenne.
Cette tragédie suscite d’autant plus d’indignation qu’elle survient après plusieurs autres incendies enregistrés ces dernières années dans différents marchés et infrastructures du pays. À chaque fois, les mêmes images de désolation reviennent : des commerces réduits en cendres, des familles ruinées, des vies bouleversées. À chaque fois, la même question demeure : jusqu’à quand ?
Je pense sincèrement que l’incendie de N’Zérékoré doit être considéré comme un signal d’alarme national. Il nous rappelle l’urgence de repenser la sécurité de nos espaces commerciaux, l’organisation de nos marchés et les mécanismes de prévention des risques. Un pays ne peut pas continuer à reconstruire après chaque catastrophe, sans s’attaquer aux causes profondes qui les favorisent.
Dans ce contexte difficile, il convient toutefois de saluer l’élan de solidarité qui s’est manifesté dès les premières heures du drame. Les citoyens, les forces de sécurité, les autorités locales, les services de secours et de nombreux volontaires se sont mobilisés avec courage pour tenter de limiter les dégâts. Cette solidarité est une source d’espoir et démontre que face à l’adversité, les Guinéens savent se rassembler.
Je me réjouis également d’apprendre que le Président de la République, Mamadi Doumbouya, a pris cette affaire avec tout le sérieux qu’elle mérite. L’ampleur des dégâts exige en effet une réponse à la hauteur des attentes des populations.
C’est pourquoi je plaide respectueusement auprès des autorités pour que la première étape soit l’ouverture d’enquêtes rigoureuses, indépendantes et transparentes, afin de déterminer les véritables causes de cet incendie. Les Guinéens ont besoin de connaître la vérité. Il ne s’agit pas seulement d’établir des responsabilités, mais surtout de tirer les leçons nécessaires pour éviter qu’un tel drame ne se reproduise.
La seconde étape doit être celle de la reconstruction. Mais reconstruire ne signifie pas reproduire les mêmes erreurs. L’heure est venue de concevoir un marché moderne, sécurisé, fonctionnel et adapté aux réalités économiques de la Région Forestière.
Je pense également qu’une délocalisation du marché de N’zérékoré s’avère nécessaire pour offrir davantage d’espace, de sécurité et de perspectives de développement. Toutefois, cette option mérite d’être étudiée avec courage et responsabilité.
Le futur marché de N’Zérékoré doit intégrer des normes modernes en matière d’urbanisme, de prévention des incendies, de circulation, d’assainissement et de protection des biens. Il doit être pensé pour les générations futures et non pour répondre uniquement à l’urgence du moment.
Enfin, cette tragédie doit conduire à la mise en place d’un véritable système national de sécurité des personnes et de leurs biens dans les marchés et autres infrastructures publiques. Prévention, équipements adaptés, dispositifs d’alerte, accès aux secours, contrôles réguliers des installations électriques : autant de mesures qui ne doivent plus être considérées comme des luxes, mais comme des nécessités.
Les flammes qui consument aujourd’hui le marché de N’Zérékoré ne doivent pas seulement laisser derrière elles des cendres et des regrets. Elles doivent aussi réveiller les consciences et inspirer des réformes profondes. Car le développement d’une nation se mesure également à sa capacité à protéger ses citoyens, leurs investissements et leur avenir.
N’Zérékoré mérite de renaître. La Région Forestière mérite mieux. Et la Guinée tout entière mérite que cette tragédie soit la dernière d’une longue série.
SAA Edouard TINGUIANO (T.EDO).
Africaturemedia.com
















