Depuis la nuit du Jeudi 20 août 2026, marquée par la signature du décret portant création de onze (11) nouvelles préfectures en République de Guinée, ainsi que par l’érection de Suiguiri et de Beyla en régions administratives, un sentiment de frustration semble gagner plusieurs ressortissants de Guéckédou. Ceux-ci estiment que notre ville, au regard de son importance historique, démographique et socio-économique, aurait également mérité d’accéder au statut de région administrative.
La question du statut administratif de Guéckédou mérite aujourd’hui mieux qu’une simple revendication ou qu’une comparaison avec d’autres préfectures. Elle exige un débat sérieux, lucide et débarrassé des considérations émotionnelles, des susceptibilités locales et des réflexes de frustration.
La création des régions administratives de Siguiri et de Beyla doit naturellement nous interpeller. Elle ne devrait cependant pas nous conduire à nous demander pourquoi les autres et pas nous. Elle devrait plutôt nous amener à réfléchir aux conditions qui permettent à un territoire d’accéder à un statut administratif supérieur et à mesurer, avec honnêteté, le chemin qui reste à parcourir par Guéckédou.
Il faut également établir une vérité sans ambiguïté : à ma connaissance, l’État n’a jamais pris d’engagement officiel promettant de faire de Guéckédou une région administrative. Nous ne devons donc pas présenter cette perspective comme une promesse non tenue ou comme une décision qui aurait été annoncée puis abandonnée. Mais l’absence de promesse officielle ne signifie pas l’absence d’espoir.
Nous avons parfaitement le droit de continuer à espérer.
Mieux encore, nous avons le devoir de continuer à défendre cette ambition, mais en abandonnant les arguments fondés sur l’émotion ou le sentiment d’injustice. Si nous voulons convaincre l’État, il nous faut construire un plaidoyer sérieux, objectif, documenté et crédible.
Ne confondons pas potentiel et réalité
En vérité, Guéckédou possède des atouts considérables. Son histoire, sa position géographique, son activité commerciale, ses ressources humaines et les perspectives de développement de son économie constituent autant de raisons de croire en son avenir. Mais nous devons avoir le courage de distinguer le potentiel de la réalité.
Pendant longtemps, nous avons eu tendance à présenter Guéckédou à travers ce qu’elle représentait avant les crises qui ont profondément affecté son économie, ses infrastructures et son tissu social. Nous rappelons souvent qu’elle fut autrefois un important centre commercial et une ville particulièrement dynamique.
Cette mémoire est légitime. Elle fait partie de notre identité. Mais elle ne peut pas constituer notre principal argument de développement.
Un territoire ne construit pas son avenir uniquement avec les performances de son passé. Il doit démontrer, par des réalisations concrètes, sa capacité à répondre aux exigences du présent et à préparer celles de demain.
La vraie question n’est donc pas seulement de savoir ce que Guéckédou était hier, mais ce qu’elle est aujourd’hui et surtout ce qu’elle est capable de devenir.
L’enjeu est aussi économique
Avant de revendiquer un nouveau statut administratif, nous devons être capables de mesurer objectivement notre poids économique:
Quels sont nos secteurs réellement productifs ? Quelle est notre capacité à créer des emplois et de la richesse ? Quelle place Guéckédou occupe-t-elle dans les échanges commerciaux ? Quels investissements avons-nous attirés ? Quelles infrastructures économiques pouvons-nous mettre en avant ? Quels projets structurants sommes-nous capables de porter ?
Ces questions doivent trouver des réponses précises. Car pour convaincre l’État, nous ne pouvons pas nous présenter uniquement avec une ambition. Nous devons arriver avec des données, des projets, des indicateurs et une stratégie. Notre plaidoyer doit être suffisamment solide pour démontrer que Guéckédou ne demande pas simplement un statut, mais qu’elle possède les capacités et les perspectives nécessaires pour assumer les responsabilités qui en découleraient.
Notre véritable défi est aussi collectif.
Le développement d’un territoire ne dépend pas uniquement de ses ressources naturelles ou de ses infrastructures. Il dépend également de la qualité de ses hommes et de sa capacité à organiser leurs compétences autour d’un projet commun.
Guéckédou dispose de cadres, d’intellectuels, d’entrepreneurs, de responsables associatifs, de jeunes diplômés et de nombreuses personnes ressources capables de contribuer à son développement. Mais une question demeure : sommes-nous réellement capables de transformer toutes ces compétences individuelles en une force collective ?
Sommes-nous prêts à dépasser les rivalités personnelles, les appartenances, les intérêts particuliers et les querelles de leadership ?
Sommes-nous capables de faire de l’intérêt général de Guéckédou une priorité supérieure à nos ambitions individuelles ?
C’est probablement l’un des principaux défis auxquels nous devons répondre. Nous pouvons manquer de moyens et pourtant avancer. Mais lorsque nous manquons de cohésion, même les ressources disponibles deviennent difficiles à mobiliser.
Une région ne se réclame pas seulement, elle se prépare
À mon avis, il serait réducteur de considérer qu’une région administrative se définit uniquement par sa population ou son histoire.
Un tel statut implique une capacité économique, administrative, territoriale et stratégique. Il suppose des infrastructures, des services publics, des ressources humaines, une organisation territoriale cohérente et une capacité à jouer un rôle structurant dans son environnement.
C’est pourquoi notre démarche doit commencer par un diagnostic sérieux: Quelles infrastructures possédons-nous ? Quel est notre poids démographique et économique réel ? Quelle capacité administrative avons-nous développée?Quels sont nos avantages comparatifs ?Quels projets peuvent transformer durablement notre économie ? Quelle stratégie territoriale pouvons-nous proposer ?
Et surtout : quelle organisation collective sommes-nous prêts à mettre en place pour porter cette ambition auprès des autorités nationales ?
Ces questions ne diminuent pas notre revendication. Elles la rendent plus crédible. Ne faisons pas de Siguiri et de Beyla notre seul point de comparaison. Ce serait trop banal !
La comparaison avec Siguiri ou Beyla peut être utile pour comprendre certaines dynamiques, notamment l’importance de leurs ressources et de leur positionnement économique. Mais elle ne doit pas constituer notre unique argument. Chaque territoire possède son histoire, ses ressources, ses contraintes et ses perspectives. Nous devons donc éviter une approche consistant à dire : « Ils ont obtenu ce statut, pourquoi pas nous ? »
Notre démarche devrait plutôt être ceci : « Voici ce que Guéckédou représente aujourd’hui, voici ses potentialités, voici ses besoins, voici ses perspectives et voici les conditions que nous sommes prêts à réunir pour justifier son évolution administrative. »
C’est cette approche, fondée sur des faits et non sur le sentiment d’injustice, qui peut rendre notre plaidoyer plus audible.
Continuer d’espérer, mais surtout continuer de convaincre…
Oui! Je pense qu’il serait inutile de renoncer à notre ambition simplement parce qu’aucune promesse officielle n’a été faite. Au contraire, l’absence d’engagement formel doit nous pousser à mieux travailler notre argumentaire. Nous devons continuer à interpeller les décideurs, à documenter les réalités de Guéckédou, à identifier ses forces et ses faiblesses et à proposer des solutions concrètes.
Espérer ne signifie pas attendre passivement.
Espérer, dans notre cas, signifie travailler pour rendre notre ambition défendable.
L’État reste libre de ses décisions et de ses critères. Mais nous pouvons agir sur la qualité de notre dossier, sur notre capacité de mobilisation, sur notre unité et sur les résultats que nous sommes capables d’obtenir localement. Il faut donc continuer à batailler — non pas dans la confrontation, mais dans l’argumentation ; non pas dans la revendication aveugle, mais dans le plaidoyer documenté.
La jeunesse de Gueckedou doit passer de l’indignation à l’action!
Je considère que la jeunesse de Guéckédou a une responsabilité particulière dans cette démarche. Nous ne pouvons pas nous contenter de commenter l’avenir de notre territoire sur les réseaux sociaux ou de nous indigner lorsque des décisions sont prises ailleurs. Nous devons nous organiser, nous informer, produire des analyses, recueillir des données, documenter les potentialités de notre territoire et proposer des solutions.
Il faut créer des espaces où les jeunes, les cadres, les entrepreneurs, les autorités locales, les organisations de la société civile et les personnes ressources peuvent se retrouver autour d’une même table. Pas pour savoir qui aura le dernier mot. Mais pour déterminer où nous voulons conduire Guéckédou et comment nous allons y parvenir.
Nous devons être capables de Construire les preuves de notre ambition.
Je ne pense pas que Guéckédou doit renoncer à l’ambition de devenir une région administrative. Je pense au contraire que cette ambition mérite d’être portée avec davantage de méthode, de sérieux et de préparation. Mais il faut accepter, par ailleurs, une réalité : un statut administratif ne crée pas à lui seul le développement.
Nous devons donc travailler à renforcer nos infrastructures, stimuler l’économie locale, encourager l’investissement, valoriser nos ressources humaines, améliorer les services, renforcer la cohésion sociale et faire émerger une véritable vision territoriale.
Si demain nous voulons convaincre l’État, nous devons pouvoir lui présenter un territoire qui a travaillé sur lui-même et qui peut démontrer, chiffres et réalisations à l’appui, sa capacité à franchir une nouvelle étape administrative.
Guéckédou a une histoire à préserver. Elle a un potentiel à valoriser. Mais elle a surtout un avenir à construire. Nous pouvons donc continuer à espérer une évolution de son statut, sans prétendre qu’elle nous a été promise.
J’insiste en terminant par dire que Nous pouvons continuer à batailler pour convaincre sans accuser. Nous pouvons revendiquer sans nous raconter d’histoires. Notre responsabilité est simple : ne pas attendre que l’État nous donne les raisons d’espérer, mais construire nous-mêmes les raisons qui pourraient un jour le convaincre.
Guéckédou ne doit donc pas seulement demander à devenir une région. Elle doit travailler à devenir un territoire dont les réalités rendront cette ambition évidente et urgente. Voilà, mes chers frères et sœurs…!!

SAA Edouard TINGUIANO
Gueckedou , pour Africaturemedia.com
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