Désertification au Sahel : des solutions locales pour restaurer les terres et renforcer la résilience des communautés
Interview avec Salif Koné, Président du GARDD-MALI
Sahel. Longtemps perçue comme une menace progressive, la désertification s’impose aujourd’hui comme une urgence environnementale et sociale majeure dans plusieurs pays du Sahel. Au Mali, les effets sont déjà visibles : terres agricoles appauvries, recul du couvert végétal, raréfaction des ressources en eau et baisse des rendements agricoles.
Cette dégradation des sols affecte directement des millions de populations rurales dont la survie repose essentiellement sur l’agriculture et l’élevage. Face à cette situation préoccupante, des initiatives locales émergent pour freiner l’avancée du désert et restaurer les écosystèmes.
Dans un entretien accordé à notre rédaction, Salif Koné, président du Groupe Action Recherche pour le Développement Durable au Mali (GARDD-MALI), revient sur les causes de cette crise et les solutions adaptées aux réalités sahéliennes.
« La désertification touche directement la vie des populations »
Selon Salif Koné, la désertification au Sahel n’est plus une simple projection scientifique, mais une réalité quotidienne.
« Les terres agricoles s’appauvrissent, les sols deviennent moins productifs et la végétation disparaît progressivement. Cela impacte directement les communautés rurales : baisse des récoltes, insécurité alimentaire et parfois déplacement forcé des populations », explique-t-il.
Pour lui, cette crise environnementale menace l’équilibre naturel et fragilise davantage des territoires déjà confrontés à de multiples défis socio-économiques.
Changement climatique et pressions humaines en cause
Interrogé sur les facteurs de cette dégradation accélérée, le président du GARDD-MALI pointe plusieurs causes combinées.
Le changement climatique figure en tête, avec des saisons pluvieuses de plus en plus irrégulières, des épisodes de sécheresse prolongés et une hausse des températures.
À cela s’ajoutent des pratiques humaines qui aggravent la situation, notamment :
la coupe excessive du bois destinée aux besoins énergétiques ;
le surpâturage empêchant la régénération naturelle des sols ;
les feux de brousse souvent incontrôlés ;
certaines pratiques agricoles peu durables.
« Il existe également un déficit d’accompagnement technique et de sensibilisation dans plusieurs zones rurales », souligne Salif Koné.
Des solutions locales déjà expérimentées sur le terrain
Malgré l’ampleur du phénomène, Salif Koné se veut optimiste et insiste sur l’existence de solutions concrètes, accessibles et adaptées aux réalités locales.
« La désertification n’est pas une fatalité. Nous pouvons encore agir, et les solutions existent déjà dans nos communautés », affirme-t-il.
Parmi les approches privilégiées :
la régénération naturelle assistée, qui favorise le retour spontané de la végétation ;
le reboisement communautaire avec des espèces adaptées ;
les techniques de conservation des eaux et des sols, comme les demi-lunes et les cordons pierreux ;
l’agroécologie, visant à restaurer durablement la fertilité des sols.
Selon lui, ces méthodes, bien que simples, produisent des résultats significatifs lorsqu’elles sont appliquées avec rigueur et sur le long terme.
GARDD-MALI, un acteur engagé auprès des communautés
Présidé par Salif Koné, le GARDD-MALI mène des actions de terrain axées sur le développement durable et la restauration des terres dégradées.
L’organisation intervient notamment à travers :
la formation des communautés locales ;
l’accompagnement technique des initiatives de restauration ;
la sensibilisation aux enjeux climatiques et environnementaux ;
la mobilisation de partenaires techniques et financiers ;
la promotion de pratiques agricoles durables.
L’objectif est de renforcer l’autonomie des populations face aux effets du changement climatique.
« Sans les communautés, rien n’est possible »
Pour Salif Koné, la réussite des projets de lutte contre la désertification repose avant tout sur l’implication des populations locales.
« Quand les communautés sont impliquées dès le départ, les projets ont plus de chances de réussir et de durer. La lutte contre la désertification doit être collective et portée par tous », insiste-t-il.
Entre urgence et espoir
En conclusion, le président du GARDD-MALI appelle à une mobilisation plus forte autour de la restauration des terres.
« Chaque arbre planté, chaque sol restauré, chaque action communautaire compte. Si nous agissons ensemble, nous pouvons encore sauver nos terres et préserver l’avenir des générations futures. »
Au Sahel, la désertification demeure l’un des défis majeurs des prochaines décennies. Mais entre savoir-faire locaux, engagement communautaire et innovations adaptées, des pistes crédibles existent pour redonner vie à des territoires menacés.

Sirani DIABATE
Conakry, pour Africaturemedia.com














