La décision du gouvernement guinéen d’accorder un moratoire de six mois aux producteurs de sachets d’eau en plastique suscite un sentiment de soulagement chez plusieurs acteurs du secteur. Annoncée le mercredi 7 octobre 2026 à la télévision nationale par le porte-parole du gouvernement, le Ministre Faya François Bourouno, cette mesure vise à atténuer les difficultés d’approvisionnement en eau conditionnée tout en accordant un délai supplémentaire aux entreprises concernées pour préparer leur adaptation.
À N’Zérékoré, le Directeur Général de l’entreprise Eau Mina, Alhassane Kéïta, accueille favorablement cette décision. Dans un entretien accordé à notre correspondant régional, il salue un geste de compréhension des autorités à l’égard des opérateurs économiques et des consommateurs, après les difficultés provoquées par l’entrée en vigueur de l’interdiction des plastiques à usage unique.
« Je salue la décision du gouvernement pour sa présence d’esprit et sa compassion envers nous, les entrepreneurs, ainsi qu’envers la population. Depuis l’annonce de l’interdiction des sachets d’eau en plastique en Guinée, nous avions respecté cette décision, même si elle a eu des conséquences sur les entreprises », a-t-il expliqué.
Eau Mina mise sur la production en bouteille pour préserver les emplois
Selon Alhassane Kéïta, son entreprise avait déjà engagé une diversification de ses activités à travers la production d’eau en bouteille. Cette orientation aurait permis de réaffecter une partie des travailleurs à d’autres postes, notamment dans la logistique, les unités de production et les services commerciaux.
« Nous produisons également de l’eau en bouteille afin de permettre à ceux qui travaillaient dans les unités de production de sachets de poursuivre leurs activités, que ce soit dans la logistique, la production de bouteilles ou la commercialisation. Chez nous, l’impact ne s’est donc pas véritablement fait ressentir au niveau des travailleurs », a-t-il indiqué.
Cette stratégie, selon le responsable, a contribué à limiter les répercussions de l’interdiction sur les activités de son entreprise et sur le maintien des emplois.
Des clients soulagés par l’annonce du moratoire
Le directeur général d’Eau Mina affirme également avoir enregistré de nombreuses réactions positives de la part de ses clients après l’annonce officielle de la mesure. Plusieurs d’entre eux l’auraient contacté pour vérifier l’authenticité de l’information avant de reprendre leurs commandes.
« Après la décision d’hier, j’ai reçu beaucoup d’appels de nos clients. Ils voulaient d’abord vérifier l’authenticité de la décision, puis passer leurs commandes sans attendre. Ils ont été très heureux de cette nouvelle », a-t-il déclaré.
Ces réactions témoignent, selon lui, des attentes des commerçants et des consommateurs face aux difficultés d’approvisionnement en eau conditionnée observées ces dernières semaines.
Six mois pour préparer des solutions alternatives
Si cette décision constitue un répit pour les opérateurs concernés, Alhassane Kéïta estime que la période de six mois doit être mise à profit pour rechercher des solutions durables, compatibles avec les exigences environnementales et les réalités économiques du pays.
Il invite ainsi les autorités et les professionnels à poursuivre le dialogue afin d’identifier des emballages de substitution accessibles aux consommateurs.
« Je demande au gouvernement, au terme des six mois, de nous permettre de trouver une autre solution. Si les acteurs du secteur se mettent ensemble avec les autorités, nous pourrons trouver de nouvelles alternatives. À l’issue de cette période, nous espérons disposer de nouveaux emballages adaptés aux besoins de la population », a-t-il plaidé.
Un moratoire strictement limité aux sachets d’eau
Sur le plan réglementaire, le moratoire annoncé le 7 octobre 2026 porte exclusivement sur les sachets plastiques destinés au conditionnement de l’eau minérale et minéralisée. Il ne constitue pas une suspension générale de l’interdiction des plastiques à usage unique.
Les autres catégories d’emballages et d’objets en plastique visées par le décret du 21 septembre 2024 demeurent soumises à l’interdiction. Durant cette période transitoire, les autorités entendent également encourager la production et l’importation d’emballages biodégradables, de résine PET et de préformes, tout en appelant les opérateurs à renforcer les dispositifs de collecte et de valorisation des déchets plastiques. Le suivi de ces mesures doit être assuré par une commission interministérielle présidée par le Premier ministre.
Dans la ville de N’Zérékoré, la décision est accueillie favorablement par une partie de la population. Des femmes qui commercialisaient les sachets d’eau pour contribuer aux dépenses de leurs ménages figurent également parmi les personnes concernées par cette reprise attendue des activités.
Au-delà du soulagement immédiat, l’enjeu sera désormais de mettre à profit ces six mois pour concilier la continuité de l’approvisionnement en eau potable, la préservation des emplois et la lutte contre la pollution plastique.
Alphonse Philippe TRAORÉ Correspondant Regional Africaturemedia.com
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