Chronique d’interpellation et de responsabilité communautaire.
Il est des moments où le silence devient un acte de responsabilité; des moments où la retenue vaut mieux que la confrontation.
Des et où le respect des siens impose de supporter certaines caprices et provocations, sans céder à la tentation de la riposte. Mais attention : ce silence, souvent dicté par la sagesse et le souci de préserver la paix, ne doit jamais être interprété comme un signe de faiblesse ou une incapacité à répondre.
Au sein de la communauté Kissi, en Guinée comme ailleurs, certaines prises de parole de communicants et d’autres personnes se réclamant de la communauté, suscitent aujourd’hui de sérieuses interrogations.
Par leurs propos parfois provocateurs, leurs attitudes irrespectueuses et leur manière d’intervenir dans les débats publics, certains contribuent davantage à exacerber les tension, plutôt qu’à rapprocher les filles et les fils d’une même communauté.
Cette situation ne date malheureusement pas d’aujourd’hui. Tout dernièrement, pendant les campagnes électorales, certains se sont illustrés par des discours qui ont mis à rude épreuve les relations entre membres de la communauté. Des paroles blessantes, des provocations répétées et des attaques parfois gratuites ont été proférées, tandis que de nombreux Kissi ont choisi de ne pas répondre.
Pourquoi ce silence ?
Certainement pas parce qu’ils manquaient d’arguments, encore moins parce qu’ils avaient peur de répliquer.
Beaucoup ont simplement fait le choix de la retenue, par respect pour la communauté Kissi, pour son image, pour la dignité de ses membres et pour les personnalités publiques, notamment les respectables ministres et les hauts cadres, au nom desquels certains prétendent prendre la parole.
Il faut que les intéressés comprennent enfin cette réalité : se taire pour préserver la paix n’est pas consentir à l’irrespect. Refuser la polémique n’est pas reconnaître à l’autre le droit de provoquer indéfiniment.
La communauté Kissi est une famille humaine, culturelle et historique dont la richesse repose sur la solidarité, la fraternité et le respect mutuel. Elle est composée de sensibilités diverses, de convictions politiques différentes et de personnes qui ne partagent pas nécessairement les mêmes choix. Cette diversité est légitime. Elle ne doit cependant jamais devenir un prétexte pour humilier, insulter, discréditer ou dresser les uns contre les autres.
La liberté de communiquer ne confère à personne le droit de semer la discorde.
Être communicant ne signifie pas être autorisé à provoquer.
Défendre une personnalité politique ne donne pas le droit de mépriser les autres membres de sa propre communauté.
Et prétendre parler au nom d’un ministre ou d’un commis de l’Etat ne dispense personne de faire preuve de discernement, de courtoisie et de responsabilité.
Bien au contraire, lorsqu’on choisit de porter la voix ou de défendre l’image d’une personnalité publique, on devrait se montrer particulièrement prudent dans ses propos. En effet, les excès de langage, les provocations inutiles et les querelles publiques peuvent finir par porter préjudice à ceux-là mêmes que l’on prétend soutenir.
Une communication responsable construit des ponts ; une communication irresponsable creuse des fossés.
Il est donc temps que chacun prenne la mesure de ses responsabilités. Les campagnes électorales avaient leurs exigences; les divergences politiques ont leurs limites et les ambitions individuelles ne devraient jamais prendre le dessus sur l’intérêt collectif.
Les élections passent; les fonctions changent de mains; les alliances se font et se défont, mais les liens communautaires, eux, sont appelés à durer.
Quel intérêt y a-t-il à gagner une bataille de communication si, au bout du compte, on perd la confiance de ses frères et sœurs ? Quelle victoire peut-on revendiquer lorsque ses paroles contribuent à installer la méfiance, la rancœur et la division au sein de sa propre communauté ?
Il faut également rappeler que nul n’est propriétaire de la communauté Kissi! Personne ne détient le monopole de sa représentation, de sa dignité ou de sa parole! Chaque membre a le droit d’exprimer ses opinions, dans les limites du respect d’autrui.
Aucun titre, aucune proximité avec une personnalité influente et aucune responsabilité politique ne devrait autoriser quelqu’un à se croire au-dessus des règles élémentaires du vivre-ensemble.
Je ne voudrais, pour l’instant, citer personne. Mais, à ceux qui se reconnaîtront dans cette interpellation, mon message est simple, clair, précis et concis : il est encore temps de changer de posture. Il est temps de mettre fin aux provocations, de renoncer aux attaques inutiles et de comprendre que l’honneur d’une communauté ne se défend ni par l’arrogance ni par l’humiliation de ses propres membres.
L’heure n’est pas à la surenchère verbale. Elle est à l’apaisement, à l’écoute et à la responsabilité.
Les divergences doivent pouvoir s’exprimer sans dégénérer en hostilité, et les désaccords politiques ne doivent pas devenir des fractures communautaires.
Au-delà des ministres, des hauts cadres, des communicants et des acteurs politiques, il existe une communauté entière dont l’avenir mérite mieux que des querelles alimentées par des paroles inconsidérées.
En plus , la grandeur d’un fils ou d’une fille de Kissi ne se mesure pas au nombre de personnes qu’il ou elle parvient à provoquer, mais à sa capacité de préserver la dignité, l’unité et la paix entre les siens.
Le respect n’est pas une faiblesse. La retenue n’est pas une capitulation. Et la paix ne doit jamais être prise pour une permission de tout se permettre.
Que chacun médite cette interpellation et mesure le poids de ses paroles. Car lorsqu’une communauté commence à se déchirer de l’intérieur, les conséquences dépassent toujours les auteurs des provocations.
Préservons notre communauté. Défendons nos convictions sans nous détruire mutuellement. Et faisons de notre parole un instrument de rassemblement, plutôt qu’un foyer de division.
La paix entre les Kissi vaut davantage que toutes les querelles d’ego et toutes les ambitions passagères.
SAA Edouard TINGUIANO
Journaliste; Africaturemedia.com
















