Autrefois symbole de la modernisation agricole en Guinée forestière, le Projet Agricole de Guéckédou (PAG) a profondément marqué le développement économique et social de la région. Plusieurs décennies après sa mise en œuvre, ses infrastructures sont aujourd’hui en ruine, mais son héritage demeure vivant dans la mémoire des populations. Reportage sur un site abandonné qui témoigne encore d’une période où l’agriculture bénéficiait d’un accompagnement structuré et porteur d’espoir.
Guéckédou (Guinée forestière) – À l’entrée de la ville, le long de la Route nationale n°2 en provenance de Kissidougou, un vaste domaine porte encore les traces d’un projet qui a profondément marqué l’histoire agricole de la région. Derrière les hautes herbes, les bâtiments délabrés et les infrastructures abandonnées se situent entre dessinent les vestiges du Projet Agricole de Guéckédou (PAG), autrefois considéré comme un moteur du développement rural.
Mis en œuvre dans les années 1980 et 1990 avec l’appui de partenaires techniques et financiers, notamment la Banque mondiale et le Fonds international de développement agricole (FIDA), le PAG avait pour ambition de moderniser les pratiques agricoles en Guinée forestière. Le programme visait à accroître la production vivrière, en particulier celle du riz, tout en renforçant les capacités des producteurs à travers des formations, la fourniture d’intrants agricoles et l’organisation des coopératives paysannes.
À son apogée, le projet a contribué à transformer durablement le paysage agricole local. Les infrastructures construites à cette époque – magasins de stockage, ateliers mécaniques, bureaux administratifs et équipements techniques – constituaient les piliers d’un dispositif destiné à soutenir la production et améliorer les conditions de vie des agriculteurs.
Plusieurs décennies plus tard, le constat est tout autre. Les entrepôts sont désertés, les toitures en grande partie détruites et les équipements encore présents sont rongés par la rouille. Le centre du projet, autrefois animé par les activités quotidiennes des techniciens et des producteurs, est aujourd’hui plongé dans un profond silence. Le PAG appartient désormais au patrimoine historique de Guéckédou, mais ses infrastructures témoignent encore de l’ampleur des investissements réalisés.
Malgré leur état de dégradation, ces lieux demeurent fortement ancrés dans la mémoire collective. Pour de nombreux habitants, ils rappellent une période où l’agriculture bénéficiait d’un accompagnement structuré, d’importants moyens techniques et de perspectives économiques prometteuses.

Une visite au cœur de la mémoire du PAG
Le jeudi 16 juillet 2026, aux environs de 11 heures, notre équipe s’est rendue sur l’ancien site du Projet Agricole de Guéckédou. Sous un ciel légèrement couvert, les bâtiments, envahis par la végétation, offrent le visage d’un patrimoine laissé à l’abandon. Le calme qui règne contraste avec l’intense activité qui animait autrefois cet espace dédié au développement agricole.
Pour retracer l’histoire du projet, nous avons rencontré Félix Ladimi Yaradouno, ancien chef de programme et chargé de mission du PAG. Fin connaisseur des lieux, il nous a guidés à travers les différentes infrastructures en partageant ses souvenirs et son expérience.
Notre visite débute par les anciens magasins de stockage. Selon notre interlocuteur, ces bâtiments accueillaient les récoltes, les semences, les engrais, les pièces de rechange ainsi que divers équipements indispensables au fonctionnement du projet. Ils constituaient un élément central de la chaîne logistique du PAG.
Nous poursuivons ensuite vers le garage technique où étaient entretenus les tracteurs, bulldozers, niveleuses et autres engins agricoles utilisés pour les travaux d’aménagement. Cette unité assurait la maintenance du parc mécanique, indispensable à la réalisation des activités sur le terrain.
La visite se termine dans les anciens bureaux administratifs, autrefois centre névralgique du projet. C’est ici que se coordonnaient les opérations, que se prenaient les décisions stratégiques et que travaillaient les cadres, techniciens et agents mobilisés autour du programme.

Un héritage toujours présent
Au fil de la visite, Félix Ladimi Yaradouno rappelle que ces infrastructures racontent avant tout l’engagement de milliers de femmes et d’hommes qui ont consacré une partie de leur vie au développement agricole de la région.
Au-delà des bâtiments aujourd’hui dégradés, le site du PAG demeure le symbole d’une période marquante de l’histoire du développement rural en Guinée. Ses vestiges alimentent la réflexion sur la préservation de ce patrimoine et sur les opportunités qu’offrirait une éventuelle réhabilitation, notamment pour soutenir l’emploi des jeunes, relancer la production agricole et renforcer le développement économique local.
À Guéckédou, le silence qui enveloppe désormais l’ancien Projet Agricole ne parvient pas à effacer le souvenir d’un programme qui a longtemps incarné l’espoir de tout un territoire.
SAA Edouard TINGUIANO
Guéckédou, pour Africaturemedia.com
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