CRIEF : le dossier Badra Koné renvoyé en instruction, la défense dénonce une procédure contestée
À la Cour de Répression des Infractions Economiques et Financières (CRIEF), l’affaire impliquant Badra Koné a connu un tournant décisif ce mercredi 29 avril 2026. Après plusieurs heures de débats intenses entre les différentes parties, la Chambre de jugement a décidé de renvoyer le dossier en instruction, marquant une pause dans l’examen au fond de cette affaire aux multiples ramifications.
Poursuivi pour détournement de deniers publics, blanchiment de capitaux, corruption, prise illégale d’intérêts, faux et usage de faux en écriture publique, ainsi qu’enrichissement illicite, l’ancien président de la délégation spéciale de Matam avait pourtant déjà entamé ses déclarations devant la Cour.
Mais très tôt, la défense, conduite par Lanciné Sylla, a soulevé plusieurs exceptions de procédure. L’un des premiers arguments portait sur le statut de candidat de son client aux élections communales prévues le 30 mai 2026. Selon l’avocat, la législation électorale protège les candidats contre toute poursuite judiciaire durant la période électorale afin de garantir l’égalité des chances.
Un moyen rejeté par la juridiction, au grand regret de la défense, qui dit attendre les motivations détaillées de cette décision.
Au cœur des débats figurait également la contestation du recours à la procédure de flagrant délit. Pour Maître Sylla, celle-ci est inadaptée à une affaire d’une telle complexité. Il a insisté sur la nécessité d’investigations approfondies, évoquant notamment le rapport de l’ORDEF qui recommandait des enquêtes complémentaires ainsi que la désignation d’un auditeur.
Un argument qui a finalement trouvé un écho favorable auprès de la Cour. La Chambre de jugement a décidé de renvoyer le dossier au parquet spécial afin que celui-ci saisisse la chambre d’instruction, seule habilitée à conduire des investigations approfondies dans ce type de contentieux.
« La Cour nous a suivis sur ce point », s’est félicité l’avocat, y voyant une reconnaissance du caractère prématuré de la procédure initiale.
La défense a par ailleurs dénoncé plusieurs incohérences dans le dossier, notamment en ce qui concerne le montant supposément détourné. Alors qu’un chiffre de 240 milliards de francs guinéens est évoqué à la barre, aucun montant précis n’aurait été mentionné lors de l’audition initiale de son client.
Pour Maître Sylla, cette divergence soulève des interrogations sur la cohérence des éléments ayant fondé les poursuites.
Avec ce renvoi en instruction, une nouvelle phase judiciaire s’ouvre désormais dans cette affaire sensible, à la croisée des enjeux financiers et du contexte électoral. À quelques semaines du scrutin communal, ce dossier continue de susciter attention et controverse au sein de l’opinion publique guinéenne.
Sirani DIABATE.











