Les violences en milieu scolaire continuent d’alimenter les débats en Guinée. Après plusieurs incidents enregistrés ces derniers mois dans des établissements du pays, les interrogations se multiplient sur les causes profondes de ces comportements qui perturbent l’environnement éducatif.
Pour Ali Souleymane Camara, Enseignant-chercheur au Département des Sciences Politiques de l’Université Général Lansana Conté de Sonfonia, le phénomène mérite une analyse approfondie afin d’apporter des réponses durables: « Il faut dire que le phénomène des violences en milieu scolaire devient de plus en plus récurrent et mérite une attention particulière afin de l’appréhender, de le comprendre et d’en dégager les variables explicatives », souligne-t-il.
Selon cet analyste, les causes de ces violences sont nombreuses et impliquent plusieurs acteurs du système éducatif. Il pointe notamment le comportement de certains élèves, qu’il juge de plus en plus difficile à gérer dans le cadre scolaire: « Les causes s’expliquent d’abord par le comportement des élèves qui devient de plus en plus insupportable dans le cadre de l’apprentissage à l’école », affirme-t-il.
L’enseignant-chercheur évoque également ce qu’il considère comme une démission progressive de certains parents dans leur mission éducative: « Des parents n’arrivent plus aujourd’hui à donner la meilleure forme d’éducation possible à leurs enfants, ce qui favorise l’émergence de comportements inappropriés », estime-t-il.
Au-delà des élèves et des familles, Ali Souleymane Camara met aussi en cause certains manquements observés au sein même du corps enseignant: « Le manque de professionnalisme et le non-respect de l’éthique et de la déontologie du métier d’enseignant contribuent parfois à l’apparition de telles situations. Ces comportements restent condamnables à tout point de vue », insiste-t-il.
Pour le spécialiste des sciences politiques, les défaillances observées ne concernent pas uniquement les enseignants ou les élèves. Il estime que l’administration scolaire doit également assumer sa part de responsabilité: « Il y a une défaillance administrative qui peut être constatée dans nos établissements scolaires, notamment au niveau des censeurs, proviseurs, directeurs généraux, surveillants généraux et autres responsables éducatifs », explique-t-il.
Face à cette situation, il appelle les autorités éducatives à renforcer l’application des règlements intérieurs dans les écoles: « Les responsables doivent vulgariser le règlement intérieur et le code de bonne conduite, mais aussi prendre des sanctions disciplinaires contre les auteurs de troubles et les élèves indélicats », recommande-t-il.
Pour lui, les incidents enregistrés ces dernières années sont des signaux d’alerte qui doivent être pris au sérieux: « Ces altercations nous prouvent aujourd’hui à suffisance que l’école de la République est en danger et qu’il faille la sauver », prévient-il.
Interrogé sur les solutions à envisager, Ali Souleymane Camara estime que l’État doit jouer un rôle central dans la refondation du système éducatif: « Il appartient à l’État de revenir aux fondamentaux qui régissent le fonctionnement de nos écoles », affirme-t-il.
Il insiste notamment sur la nécessité de recruter des enseignants correctement formés sur les plans académique et pédagogique.
Parallèlement, il invite les parents à assurer un meilleur suivi de leurs enfants et les élèves à respecter l’autorité de l’enseignant: « Les enfants doivent comprendre que l’enseignant est le maître de la classe et qu’il incarne l’autorité. Ils doivent également savoir que tout comportement nocif peut avoir des conséquences sur leur avenir », souligne-t-il.
Au-delà des mesures immédiates, l’Enseignant-chercheur appelle à une réforme en profondeur du système éducatif guinéen: « L’éducation n’est ni un discours ni un mot doux. La bonne éducation repose sur des actions concrètes et objectives visant à améliorer les conditions d’études des enfants », rappelle-t-il.
S’appuyant sur une célèbre citation de Nelson Mandela, il ajoute que « l’éducation est l’arme la plus puissante pour transformer une société ».
Ali Souleymane Camara estime ainsi que le gouvernement doit engager des réformes structurelles et fonctionnelles ambitieuses, en introduisant des contenus pédagogiques innovants favorisant la rigueur, le sens des responsabilités et le civisme: « Il faut aujourd’hui prendre des dispositions concrètes pour changer véritablement le système éducatif guinéen. Il est également essentiel d’encourager davantage l’éducation civique et morale dans les établissements scolaires », conclut-il
Sirani DIABATE.
Conakry, pour Africaturemedia.com















