À l’ère du numérique, les réseaux sociaux se sont imposés comme des espaces d’expression incontournables. En Guinée comme ailleurs, ils offrent une tribune à tous : artistes, blogueurs, citoyens ordinaires… Mais cette liberté, aussi précieuse soit-elle, semble de plus en plus mal comprise — voire dangereusement détournée.
Ces derniers temps, notre espace numérique a été secoué par une série de dérives inquiétantes. Des règlements de comptes personnels se transforment en spectacles publics, faits d’injures, de diffamations et de propos haineux et même révoltants. L’affaire impliquant deux Guinéennes — une artiste et une blogueuse — récemment condamnées par la justice, en est une illustration frappante. À cela s’ajoute le cas du jeune Moussa CONDE, condamné pour avoir tenu des propos offensants et discriminatoires à l’égard de la communauté guerzé, qualifiée de « plus bas peuple de la Guinée ». Plus récemment encore, les propos grossiers attribués à la demoiselle Tchami TOLNO à l’encontre d’un certain Jacques KAMANO ont suscité une vive indignation, notamment au sein de la communauté Kissia.
Ces événements ne sont pas anodins. Ils traduisent une banalisation inquiétante de la violence verbale en ligne. Il est essentiel de rappeler que les réseaux sociaux ne sont pas un arènes sans règles. Ce sont des espaces publics, régis par des lois, où chaque publication engage la responsabilité de son auteur. La liberté d’expression n’est pas synonyme de liberté d’insulter.
Ceux qui utilisent ces plateformes comme des exutoires personnels oublient souvent une réalité fondamentale : les réseaux sociaux donnent une voix à chacun, mais ils exigent aussi la responsabilité de tous. Internet n’oublie pas! Les propos tenus aujourd’hui peuvent ressurgir demain, avec des conséquences juridiques, professionnelles et sociales parfois irréversibles. Plusieurs personnes en ont déjà fait les frais.
Face à cette situation, la justice guinéenne doit continuer à jouer pleinement son rôle. La fermeté dans l’application des lois est indispensable pour dissuader les abus et protéger la dignité humaine. L’impunité ne doit jamais devenir la norme dans l’espace numérique.
Mais la répression seule ne suffit pas. Il est urgent d’agir en amont. Le Ministère de l’Éducation Nationale gagnerait à intégrer l’ »Education Citoyenne Numérique » dans les programmes scolaires. Apprendre aux jeunes à utiliser les outils numériques avec responsabilité, respect et esprit critique est aujourd’hui une nécessité.
Enfin, je lance un appel particulière à la Jeunesse guinéenne qui représente le présent et l’avenir de la nation. Chaque mot publié, chaque message partagé contribue à façonner l’image de notre société. Il est temps de faire preuve de maturité, de retenue et de responsabilité.
Les réseaux sociaux peuvent être des instruments puissants de progrès, de sensibilisation et de cohésion.
Encore faut-il que chacun accepte d’en faire un usage digne et constructif.
SAA Edouard TINGUIANO;
Jouranliste/Chroniqueur











